’homme élégant commence par avoir de belles chaussures ; toutes les grand-mères de Mâcon, qui ont une grande expérience de l’humanité, vous le diront. Mais la société mâconnaise ou mâconnaude est en perpétuelle évolution et ces dernières années ont vu l’héritage des anciens remis en question par la jeune génération.

Dès lors, sous prétexte d’une liberté de ton fraîchement acquise et inaliénable, certains personnages locaux ont souhaité “faire école” ou plus exactement faire leur école sans mesurer dans quel embarras culturel ils plongeaient notre bonne vieille ville. C’est pourquoi nous allons, au fil de ces numéros, tenter de briser le tabou qui entoure tous les discours tenus sur nos codes vestimentaires, en commençant par les pieds qui sont un point névralgique de notre conscience collective et le ciment du principe d’égalité cher à Mâcon: il est un fait, malgré la variété morphologique de nos habitants, nous tous, chiens, canards, cochons et extraterrestres avons des pieds et c’est bien suffisant.

Conscient de la diversité anatomique des pieds des Mâconnais et des Mâconnauds, la maison John and Crockett, réputée alors dans notre belle cité pour le sérieux de sa production, et respectivement tenue par messieurs Fiente-John de Kanard et Fido-Crockett-pour-chiens, va créer ce qu’elle nommera le “pied banane” ou plus communément “pied tourneboulant”. Le principe est simple : la forme du soulier est pincée en son milieu, à l’endroit de la voûte plantaire, et tourne vers l’intérieur pour améliorer le chaussant, donner du mouvement à la forme en accentuant les flancs. Le résultat est sans appel : le pied est maintenu sans contrainte, la forme est souple et élancée.

Dans toute la ville, le succès commercial ne se fait pas attendre : les extraterrestres polymorphes s’adaptent sans ombrage à cette nouveauté, les chiens et les cochons peuvent enfin faire partie des gens élégants, et les canards, trouvant pour la première fois un accessoire adapté à leur morphologie si particulière, découvrent le grand confort. Les pattes devenaient des vestiges du passé, désormais, il fallait compter avec les pieds. Et l’élégance enfin accessible à tous avec égalité et dans le respect des différences! Ainsi,la culture du”pied banane” perdura pendant de nombreuses décennies et l’on se transmettait de générations en générations cette certaine idée de l’élégance qui avait pour chantres des personnages raffinés et mondains tels que Oscanard Wilde, John Pigsgerald Kennedy, Lassie, Roswell.

Evidemment le succès attise toujours la convoitise et la jalousie. Alors je vous épargne, chers lecteurs, les détails de l’histoire qui se termine façon vieille descente aux enfers, mais quoiqu’il en fut, cela fit du grabuge car sous prétexte de libérer les esprits des vieilles coutumes, il fallait à nouveau marcher pieds nus. Nul ne sut jamais d’où venait cette idée mais le désordre était bien là.Et nous redevenions des sauvages.

Les manuels d’histoires sur notre belle cité enseignent que c’est à cette époque d’ailleurs que les chiens se sont remis à se lécher abondamment le zob, signe d’une décadence bien amorcée. Seuls rempart à la barbarie, les héritiers spirituels de Lassie et Pigsgerald Kennedy, veillaient au grain qui se faisait chaque jour plus rare à moudre. Sans eux, s’en était fini.

Aujourd’hui le calme n’est pas encore totalement revenu à Mâcon et les dissensions se font parfois entendre dans les quartiers.Mais le plaisir d’être bien chausser refait surface même chez nos jeunes dont il ne faut jamais désespérer. Et comme l’a dit Fiente-john de Kanard avant de mourir:”the Banana foot will never die ‘til my banana survive”.

Ben César